Cette adorable petite créature ressemble à un mouton… mais elle possède un pouvoir digne d'une plante !

Imaginez un minuscule mouton vert, avec deux petits yeux noirs, une tête claire et une étrange toison composée de feuilles translucides. À première vue, on pourrait croire à un personnage de dessin animé, à une figurine inventée ou même à une création réalisée par intelligence artificielle. Pourtant, cette créature existe bel et bien. Elle vit sous l’eau, au milieu des algues, et possède une particularité qui semble presque impossible : elle est capable de conserver, à l’intérieur de son propre corps, une partie de la machinerie qui permet aux plantes de capter la lumière.

Son nom scientifique est Costasiella kuroshimae. On la surnomme « mouton des mers » ou, en anglais, leaf sheep, littéralement « mouton-feuille ». Elle n’a pourtant aucun lien de parenté particulier avec les moutons. Il s’agit d’une toute petite limace de mer, un mollusque gastéropode qui a développé une façon remarquable d’exploiter les algues dont elle se nourrit.

Et si son apparence suffit déjà à attirer les regards, le plus surprenant se passe à l’intérieur de son corps. Car cette limace ne se contente pas de manger une algue : elle en conserve les chloroplastes, ces minuscules structures qui réalisent la photosynthèse. Comment un animal peut-il utiliser une partie de ce qui fait fonctionner une plante ? Et surtout, cela signifie-t-il qu’il peut vivre uniquement grâce au soleil ?

Photographie rapprochée de Costasiella kuroshimae vue de face, montrant sa tête, ses rhinophores sombres et ses cérates verts
Photographie : Rickard Zerpe, prise à Romblon, aux Philippines, en juin 2017. Source : Wikimedia Commons, fichier original. Licence Creative Commons Attribution 2.0 (CC BY 2.0). Photographie reproduite sans modification.

Un tout petit mouton caché au fond de l’océan

La première chose qui frappe lorsqu’on découvre Costasiella kuroshimae, c’est sa taille. L’animal ne dépasse généralement pas un centimètre de longueur. Beaucoup d’individus ne mesurent que quelques millimètres. Autrement dit, cette créature pourrait tenir sur l’extrémité d’un doigt, tout en restant difficile à distinguer sans une observation attentive.

Sur une photographie macro, en revanche, les détails deviennent spectaculaires. Sa tête blanche, légèrement rectangulaire, paraît afficher une expression innocente. Deux points noirs très rapprochés ressemblent à des yeux de peluche. De chaque côté s’étendent deux appendices souvent sombres qui rappellent des oreilles ou de petites cornes. Et derrière la tête se déploie tout un ensemble de prolongements verts, parfois terminés par des touches rosées, violacées ou orangées.

Il n’en faut pas davantage pour que notre cerveau transforme cette minuscule limace en mouton miniature. C’est une ressemblance amusante, mais elle ne raconte qu’une petite partie de son histoire. Ses « oreilles » ne sont pas des oreilles, et sa « laine » n’en est évidemment pas une non plus.

Pour comprendre ce que l’on regarde vraiment, il faut abandonner quelques instants cette comparaison attendrissante et découvrir l’anatomie d’un animal parfaitement adapté à la vie sous-marine.

Ses oreilles, ses feuilles et ses grands yeux : un corps plein de surprises

Les deux longues structures que l’on prend pour des oreilles s’appellent des rhinophores. Elles jouent un rôle sensoriel important. Dans un milieu où la vue ne suffit pas toujours à se repérer, percevoir les substances chimiques dissoutes dans l’eau est un précieux avantage. Ces appendices aident notamment l’animal à recueillir des informations sur son environnement.

Les petites pointes vertes qui recouvrent son dos portent, elles, le nom de cérates. Contrairement à ce que leur aspect pourrait suggérer, ce ne sont pas des feuilles végétales qui auraient poussé sur sa peau. Ce sont des prolongements du corps de la limace. Leur aspect translucide laisse entrevoir des pigments et des structures internes, notamment les chloroplastes qu’elle a récupérés dans son alimentation.

Ces cérates sont particulièrement nombreux et disposés en rangées. Leur couleur varie d’un individu à l’autre. Certains semblent très verts, d’autres plus clairs ou mouchetés. Les extrémités peuvent être pâles, roses ou violettes. Cette diversité participe au charme de l’espèce, mais il faut se méfier des photographies très retouchées sur Internet : les couleurs d’une image ne reflètent pas toujours exactement celles de l’animal observé.

Quant aux deux petits points noirs placés au centre de la tête, ce sont bien des yeux. Ils donnent au « mouton des mers » son apparence si particulière. Pourtant, ce sont les rhinophores et d’autres systèmes sensoriels qui l’aident largement à explorer son univers.

Où peut-on rencontrer cette incroyable limace de mer ?

Il ne suffit pas de plonger n’importe où pour croiser cette petite merveille. Costasiella kuroshimae a été décrite scientifiquement en 1993, et son nom fait référence à l’île japonaise de Kuro-shima, d’où provenaient les spécimens étudiés à l’origine.

Elle est aujourd’hui signalée dans une vaste partie de l’Indo-Pacifique tropical. On peut notamment la rencontrer dans les eaux du Japon, des Philippines, de l’Indonésie, d’Australie ou de Nouvelle-Calédonie. Des observations existent également dans l’océan Indien, notamment autour de Mayotte, de Madagascar et de La Réunion.

Mais sa présence ne dépend pas seulement de la température de l’eau ou de la situation géographique. Elle est étroitement liée à certaines algues vertes du genre Avrainvillea. Ces algues se développent souvent sur des fonds sableux, à proximité des zones récifales, dans des secteurs relativement peu profonds.

Pour un plongeur, le défi ne consiste donc pas à chercher une grande créature colorée au milieu des coraux. Il faut examiner attentivement les algues et les petites surfaces qu’elles occupent, parfois à quelques mètres seulement sous la surface. La limace se fond si bien dans cette végétation qu’elle peut passer totalement inaperçue.

Elle mange des algues… mais refuse de tout digérer

Voici le début de la partie la plus étonnante de son histoire. Contrairement à beaucoup d’animaux marins qui poursuivent des proies, Costasiella kuroshimae se nourrit principalement d’algues. Son menu est très spécialisé : elle est associée aux algues Avrainvillea, qui lui fournissent de quoi manger et même un lieu de vie.

Pour se nourrir, elle dispose d’une structure appelée radula. On peut l’imaginer comme une minuscule langue équipée de dents, même si son fonctionnement diffère de celui de notre bouche. Chez ces limaces dites sacoglosses, la radula permet de percer les cellules des algues et d’en aspirer le contenu.

Une grande partie de la matière ainsi prélevée peut être digérée. Mais certaines structures vertes échappent temporairement à ce destin. Il s’agit des chloroplastes, des organites présents dans les cellules de nombreuses algues et des plantes. Ce sont eux qui participent à la capture de l’énergie lumineuse au cours de la photosynthèse.

Au lieu de détruire immédiatement tous ces chloroplastes, la limace peut les conserver dans les cellules associées à son système digestif. On les retrouve jusque dans les prolongements verts de son dos. Elle ne vole donc pas une plante entière : elle récupère une partie de son équipement cellulaire.

Ce phénomène possède un nom qui semble tout droit sorti d’un roman scientifique : la kleptoplastie.

La kleptoplastie : le mystérieux pouvoir de voler des chloroplastes

Le mot « kleptoplastie » signifie, en substance, l’appropriation de plastes, dont les chloroplastes font partie. Chez certaines limaces de mer, ces organites provenant d’algues ingérées demeurent intacts et peuvent continuer à fonctionner pendant un certain temps.

Pour apprécier la singularité de ce phénomène, rappelons ce qu’est la photosynthèse. Les plantes et les algues utilisent notamment la lumière, l’eau et le dioxyde de carbone pour fabriquer des molécules organiques. Les chloroplastes abritent une partie essentielle des réactions qui rendent ce processus possible.

Or, une cellule animale n’a normalement pas de chloroplastes. Les animaux obtiennent leur énergie en consommant des substances organiques déjà fabriquées par d’autres organismes. Cette règle générale rend l’histoire de notre petite limace particulièrement intrigante.

Grâce à son alimentation, Costasiella kuroshimae se retrouve pourtant avec des chloroplastes algaux présents dans son propre corps. Il ne s’agit pas d’une transformation magique : l’animal reste un animal, et les chloroplastes restent des structures récupérées après un repas.

La véritable question est ailleurs : combien de temps ces chloroplastes restent-ils fonctionnels une fois séparés des cellules de l’algue ? Et quelle part de l’énergie éventuellement produite profite réellement à leur nouvel hôte ? C’est précisément ce que les scientifiques cherchent à comprendre.

Peut-elle vraiment se nourrir de lumière comme une plante ?

Sur les réseaux sociaux, on lit souvent que le mouton des mers « vit grâce au soleil » ou qu’il « fait de la photosynthèse comme une plante ». Ces phrases ont quelque chose de séduisant. Elles donnent l’impression d’un petit animal capable de passer sa journée à prendre le soleil, sans jamais avoir besoin de manger.

La réalité est plus intéressante, mais aussi plus nuancée.

Des études ont bien mis en évidence une activité photosynthétique chez plusieurs espèces de limaces sacoglosses qui conservent des chloroplastes. Toutefois, leur capacité à les maintenir et à en tirer profit varie fortement selon les espèces. Certaines ne les gardent actifs que peu de temps ; d’autres peuvent les conserver beaucoup plus longtemps.

Une étude publiée en 2014 dans le Journal of Molluscan Studies a précisément examiné différentes espèces du genre Costasiella. Elle a conclu que C. kuroshimae maintient des chloroplastes fonctionnels à court terme, contrairement à une autre espèce du genre, C. ocellifera, chez laquelle la rétention peut durer plusieurs semaines.

C’est une différence essentielle. On ne peut pas attribuer automatiquement à notre petit mouton toutes les performances observées chez d’autres limaces de mer. Il serait donc trompeur d’affirmer qu’il peut vivre des mois sans nourriture, uniquement grâce à la lumière du soleil.

En revanche, sa faculté à préserver temporairement l’activité de chloroplastes étrangers reste une véritable curiosité biologique. Même à petite échelle, ce mécanisme montre que les frontières habituelles entre les modes de vie des organismes sont parfois moins simples qu’on ne le pense.

Vue latérale de la limace de mer Costasiella kuroshimae sur une algue, montrant ses cérates translucides remplis de structures vertes
Photographie : Rickard Zerpe, prise dans le détroit de Lembeh, en Indonésie, en janvier 2018. Source : Wikimedia Commons, fichier original. Licence Creative Commons Attribution 2.0 (CC BY 2.0). Photographie reproduite sans modification.

Pourquoi les chloroplastes ne cessent-ils pas immédiatement de fonctionner ?

Un chloroplaste ne travaille normalement pas seul. Dans une cellule végétale, il interagit avec le reste de la cellule, qui lui fournit des molécules et participe à son entretien. Une fois séparé de son environnement d’origine, on pourrait donc s’attendre à ce que son activité s’arrête rapidement.

Pourtant, chez certaines limaces sacoglosses, la photosynthèse se poursuit après l’ingestion. Comment un organite étranger peut-il continuer à fonctionner dans une cellule animale ? Cette question intéresse depuis des décennies les biologistes qui étudient les relations entre organismes.

Les recherches récentes décrivent des mécanismes complexes permettant à certains animaux de protéger, d’entretenir ou d’exploiter ces chloroplastes. Une étude publiée en 2025 a notamment identifié, chez des limaces étudiées par ses auteurs, des compartiments cellulaires spécialisés appelés « kleptosomes » qui contribuent au maintien des chloroplastes récupérés.

Il ne faut toutefois pas imaginer que tous les mécanismes démontrés chez une espèce s’appliquent automatiquement à Costasiella kuroshimae. Le fonctionnement précis de la kleptoplastie dépend des espèces et fait encore l’objet de recherches.

Ce mystère est justement l’une des raisons pour lesquelles les limaces « solaires » fascinent les scientifiques : elles permettent d’étudier ce qui arrive lorsqu’un animal conserve et utilise des éléments normalement associés à d’autres organismes.

Son apparence verte pourrait aussi la rendre presque invisible

La kleptoplastie n’a pas forcément un intérêt uniquement énergétique. Elle participe aussi à l’apparence du corps. Les chloroplastes verts, visibles à travers les cérates translucides, contribuent à donner à l’animal une coloration très proche de celle des algues sur lesquelles il vit.

Imaginez un poisson ou un petit crustacé examinant une touffe d’algues. Au milieu des nombreuses formes végétales, un animal de quelques millimètres peut se fondre dans le décor. Les teintes vertes et les prolongements évoquant des feuilles rendent sa silhouette moins facile à distinguer.

Cela ne signifie pas que nous connaissons précisément l’efficacité du camouflage de Costasiella kuroshimae face à chaque prédateur. Mais, chez les limaces sacoglosses, l’hypothèse d’un avantage visuel lié aux chloroplastes est régulièrement discutée dans la littérature scientifique.

Cette possibilité ajoute une dimension étonnante à l’histoire : un même élément récupéré dans un repas pourrait contribuer à la fois à la couleur de l’animal et, pendant un temps, à des réactions photosynthétiques. Dans la nature, une adaptation peut parfois avoir plusieurs conséquences utiles.

Cette petite limace possède-t-elle des moyens de défense ?

Une créature aussi minuscule doit faire face à de nombreux dangers. Les fonds marins abritent des poissons, des crustacés et d’autres animaux capables de s’attaquer à de petites proies. La discrétion peut donc être un atout, mais elle ne constitue pas toujours une protection suffisante.

La fiche naturaliste de DORIS, réalisée par des spécialistes de la faune sous-marine, décrit chez Costasiella kuroshimae la capacité à abandonner une partie de ses cérates en cas de danger. Ce phénomène, appelé autotomie, consiste à se séparer volontairement d’une partie de son corps. Les prolongements perdus peuvent ensuite repousser.

D’autres composés provenant des algues consommées pourraient également jouer un rôle défensif. Chez les sacoglosses, l’alimentation ne sert donc pas seulement à apporter des nutriments : elle peut aussi influencer les couleurs et certaines propriétés chimiques de l’animal.

Bien sûr, ces facultés ne rendent pas notre mouton des mers invincible. Elles montrent plutôt comment un organisme fragile peut disposer de plusieurs façons de réduire les risques associés à son environnement.

Une vie entière organisée autour d’une algue

Nous imaginons parfois le monde sous-marin comme un vaste espace où chaque animal peut se déplacer librement. Pour cette petite limace, la réalité est beaucoup plus spécialisée. Une algue Avrainvillea n’est pas seulement quelque chose qu’elle mange : c’est aussi un support sur lequel elle peut vivre et se reproduire.

Cette relation étroite est remarquable. Trouver la bonne algue signifie trouver une source de nourriture adaptée, un endroit où se déplacer et un environnement où le camouflage fonctionne particulièrement bien. À l’inverse, si ces algues disparaissent localement, les animaux qui en dépendent peuvent se retrouver privés de leurs ressources essentielles.

La reproduction elle-même est liée à ce milieu. Comme beaucoup de limaces de mer, Costasiella kuroshimae est hermaphrodite : chaque individu possède des organes reproducteurs mâles et femelles. Cela ne veut pas dire qu’il produit toujours seul une descendance. Lors de l’accouplement, deux partenaires peuvent échanger des spermatozoïdes.

Les œufs sont déposés dans une masse gélatineuse ou un ruban disposé en spirale, généralement sur l’algue. Les jeunes passent ensuite par un stade larvaire planctonique, avant de rejoindre les habitats appropriés au cours de leur développement.

Autrement dit, cette petite créature n’est pas un simple objet décoratif que l’on pourrait déplacer sans conséquence. Sa survie dépend d’un ensemble précis de conditions écologiques.

Est-ce un nudibranche, un escargot ou une limace ?

Sur Internet, on présente souvent le mouton des mers comme un « nudibranche ». Ce terme est très utilisé pour désigner les limaces de mer colorées, mais il ne convient pas exactement à cette espèce.

Costasiella kuroshimae est bien un mollusque gastéropode, comme les escargots et les limaces terrestres. En revanche, elle appartient à l’ordre des Sacoglossa, un groupe distinct de celui des nudibranches au sens strict.

Ce détail peut sembler purement scientifique, mais il aide à comprendre sa biologie. Les sacoglosses sont particulièrement connus pour leur manière d’aspirer le contenu des cellules d’algues à l’aide de leur radula spécialisée. C’est précisément cette alimentation qui permet à certaines espèces de récupérer des chloroplastes.

Le terme de « limace de mer » reste donc le plus simple et le plus juste pour raconter son histoire au grand public. Quant à son surnom de « mouton des mers », il appartient au registre de la comparaison visuelle, pas à la classification scientifique.

Pourquoi cette histoire intéresse bien plus que les amoureux des animaux mignons

Les photographies de Costasiella kuroshimae suscitent facilement des réactions attendries. Pourtant, derrière ses petits yeux et ses faux airs de mouton miniature, elle représente aussi un formidable sujet d’étude sur la vie des cellules.

La kleptoplastie oblige les chercheurs à s’interroger sur les relations entre des organismes très différents. Comment des chloroplastes prélevés dans une algue peuvent-ils survivre dans un animal ? Quels mécanismes les protègent de la dégradation ? Quand les réactions photosynthétiques s’arrêtent-elles ? Et le bénéfice principal est-il énergétique, nutritif, défensif ou différent selon les espèces ?

Ces questions ont des conséquences bien au-delà de notre minuscule limace. Elles éclairent les processus d’association biologique et l’évolution des relations entre cellules. Les chloroplastes des plantes sont eux-mêmes le résultat d’une très ancienne histoire évolutive impliquant l’intégration de micro-organismes photosynthétiques.

La kleptoplastie des limaces n’est pas identique à cet événement ancien, mais elle offre un exemple fascinant de la manière dont un organisme peut s’approprier temporairement une fonction développée par un autre.

Une créature qui paraît sortie d’un dessin animé peut donc contribuer à des réflexions scientifiques très sérieuses sur le fonctionnement du vivant.

Peut-on garder un mouton des mers dans un aquarium ?

Devant une telle apparence, certains passionnés d’aquariophilie pourraient être tentés d’en accueillir un chez eux. Pourtant, le mouton des mers n’est pas un animal que l’on devrait considérer comme une simple curiosité pour un aquarium décoratif.

Sa petite taille ne signifie pas que son entretien serait facile. Au contraire, sa spécialisation alimentaire constitue une difficulté majeure. Elle dépend d’algues précises, et un aquarium marin classique ne reproduit pas automatiquement les conditions nécessaires à leur croissance ni à la survie de la limace.

À cela s’ajoutent la qualité de l’eau, les paramètres du milieu, la présence d’autres organismes et les risques associés au transport d’un animal aussi fragile. Même un bac stable pour de nombreux invertébrés marins peut ne pas convenir à une espèce dont la biologie reste aussi spécialisée.

Il est donc préférable d’admirer cette créature à travers des photographies réalisées par des plongeurs et des naturalistes, ou de l’observer dans son milieu sans la manipuler. La fascination qu’elle suscite peut devenir une belle occasion de s’intéresser aux algues, aux mollusques et à la protection de leurs habitats.

Les trois idées reçues à oublier sur le mouton des mers

« C’est un mélange entre une plante et un animal »

Non. Costasiella kuroshimae est pleinement un animal. Son corps ne se transforme pas en plante et ses cellules ne deviennent pas végétales. Elle peut simplement conserver des chloroplastes provenant des algues qu’elle consomme.

« Elle n’a pas besoin de manger puisqu’elle vit du soleil »

Cette affirmation est trompeuse. Elle doit manger des algues pour obtenir les chloroplastes, et les études indiquent chez cette espèce une rétention photosynthétique de courte durée. On ne peut pas en déduire qu’elle se nourrit exclusivement de lumière.

« Ses jolies feuilles vertes poussent comme celles d’une plante »

Non plus. Les prolongements que l’on voit sur les photographies sont des cérates, des parties du corps de la limace. Ils deviennent verts notamment parce que les chloroplastes sont visibles à travers leurs tissus.

Et si la créature la plus étonnante de l’océan ne mesurait que quelques millimètres ?

Au premier regard, le mouton des mers semble être une plaisanterie de la nature. Avec ses deux petits yeux, ses longues « oreilles » et sa toison de feuilles vertes, il paraît presque trop mignon pour être réel. Mais lorsqu’on découvre son fonctionnement, l’étonnement change de dimension.

Cette limace de mer ne se contente pas d’habiter au milieu des algues. Elle les perce, aspire leur contenu et conserve certains de leurs chloroplastes dans ses propres tissus. Pendant un temps, ces organites peuvent rester actifs. C’est une capacité rare chez les animaux, et une belle démonstration de la diversité des stratégies que l’évolution a façonnées.

Le véritable miracle n’est donc pas qu’un animal se soit soudain transformé en plante. Il est qu’un si petit mollusque puisse tirer parti, même temporairement, d’une machinerie biologique qu’il n’a pas fabriquée lui-même.

La prochaine fois que vous découvrirez une image de ce drôle de mouton sous-marin, regardez au-delà de sa petite tête attendrissante. Derrière cette apparence se cache une histoire de cellules, d’algues, de lumière et de survie qui passionne encore les scientifiques.

Et vous, avant de voir cette photographie, auriez-vous imaginé qu’une limace de mer puisse conserver les chloroplastes des algues qu’elle mange ?


Sources scientifiques et crédits photographiques

Les informations de cet article ont été recoupées avec les sources ci-dessous. Les capacités de maintien des chloroplastes varient selon les espèces de sacoglosses : les résultats obtenus chez d’autres limaces ne sont pas attribués sans réserve à Costasiella kuroshimae.

1. DORIS — Fédération française d’études et de sports sous-marins : fiche Costasiella kuroshimae, description, répartition, habitat, alimentation et reproduction.
Consulter la fiche de l’espèce.

2. Christa et collaborateurs (2014) : « Functional kleptoplasty in a limapontioidean genus: phylogeny, food preferences and photosynthesis in Costasiella, with a focus on C. ocellifera », Journal of Molluscan Studies, 80(5), 499–507.
Lire le résumé scientifique.

3. Händeler et collaborateurs (2009) : « Functional chloroplasts in metazoan cells — a unique evolutionary strategy in animal life », Frontiers in Zoology.
Consulter l’étude.

4. Cruz et Cartaxana (2022) : « Kleptoplasty: Getting away with stolen chloroplasts », PLoS Biology.
Consulter l’article scientifique.

5. Étude de 2025 sur les kleptosomes : « A host organelle integrates stolen chloroplasts for animal photosynthesis ».
Consulter la publication sur PubMed.

Crédits des photographies : Rickard Zerpe, photographies prises aux Philippines (2017) et en Indonésie (2018), diffusées sur Wikimedia Commons sous licence CC BY 2.0. Les liens vers les deux fichiers d’origine figurent sous les images. Aucun recadrage ni filtre n’est appliqué dans cet article.

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